Casual gamer : rencontre du troisième geek
Autrefois possession d’une aristocratie de joueurs, d’une caste exclusive et excluante, le jeu vidéo appartient désormais à monsieur et madame-tout-le-monde. Consécration gamocratique ou démocratisation au rabais?
Le casual gamer… J’ai fait personnellement cette rencontre du troisième type au début des années 90, lors d’une pluvieuse nuit d’hiver dans la maison de campagne familiale. Lové dans mon lit douillet, je cauchemardais tranquillement, tentant d’échapper, nu et impuissant, à une meute de figures géométriques beuglant à l’unisson une ritournelle aux intonations soviétiques. J’avais beau foncer sur mon scooter des mers, les blocs tombaient en rafale, avec un célérité exponentielle. Pas moyen d’y réchapper. Et c’est au moment où une énorme barre s’apprêtait à nous écraser moi et mon copilote pygmée que j’opérais un retour salutaire à la réalité. Bizarre tout ça… Le plus bizarre restait que je continuais, éveillé, à entendre faiblement la petite musique entêtante, l’hymne des blocs communistes. « Tin tin tin tin tin tin tin… » Intrigué, j’enfilais un slip et tendais l’oreille pour identifier la position des envahisseurs soviétiques. La musique venait du salon. Surplus d’étrangeté, quelques beuglements étouffés venaient briser la monotonie de la mélodie lancinante. Je pénétrai dans la grande salle obscure et me figeai d’angoisse en apercevant la silhouette d’un dos courbé sur le canapé familial. De ma voix d’adolescent éraillée, je lâchai un faible « qu..qui est là? ». Volte face monstrueuse de l’ombre et révélation lumineuse de la face de l’ennemi par le crépitement féroce du feu de cheminée : ma grand-mère, la mine crispée et la game boy en main, jouant à Tetris à 4h du matin… Un peu honteuse et carrément hystérique, l’ancêtre gémit :
« Je… j’en fais juste une petite dernière et j’arrête!«
Ils sont partout
Comme David Vincent, j’avais rencontré pour la première fois un Ovni – vidéoludique – dans la pénombre d’une campagne anonyme. Comme David Vincent, j’avais clamé par la suite à qui voulait l’entendre qu’ils étaient là, terrés sous l’identité amicale d’une cousine, d’un voisin, d’une mamie, prêts à prendre le contrôle de notre monde pixellisé. Personne ne m’a cru.
Aujourd’hui ils sont partout. Le casual gamer est sorti de son anonymat et voit son mode de vie triompher un peu partout dans le monde. Sur une rail de métro, au bureau, dans les réunions familiales et les fêtes entre potes, il tripatouille son PC, son iphone, sa console portable ou sa Wiimote et investit nos plates bandes. Pire encore, il nous dépossède même de notre statut de joueur prioritaire. On fait désormais la queue comme tout le monde. A la maison, pas moyen de s’approprier la console de salon, car ta copine massacre le Womanizer de Britney Spears avec ses copines sur Sing Star. Repasse une heure plus tard. On te proposera une partie de Lapins Crétins. Pas besoin d’y enchaîner les R2, L1, haut, bas, tout en tournicotant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre le stick analogique : tu as toutes les chances de te prendre une raclée. Même destitution sur le marché du jeu vidéo : la Wii et la DS, éleveurs intensifs de casual gamers, trustent perpétuellement les premières places des charts. Sony et Microsoft ont beau brader à tout va leur poulain, rien n’y fait. Nous ne sommes plus la cible privilégiée. Les chouchous des éditeurs, c’est eux.
Le jeu video sort du trou
Dans cette ère difficile de passation de pouvoir, résistants gamers, réjouissons-nous malgré tout. L’émergence massive d’un nouveau public ludique confère une toute nouvelle visibilité et légitimité au monde des jeux vidéo tout en balayant les habituels stéréotypes poussiéreux. Le joueur standard n’est plus un jeune boutonneux,à la blancheur spectrale, vampire de la nuit, n’utilisant sa main droite que pour tenir un pad, la gauche pour bouffer une pizza froide. Le joueur d’aujourd’hui, c’est potentiellement une belle nana agitant son popotin sur Wii Sport (NDLR : ou un beau mec faisant de la muscu sur Wii Fit. Par souci de parité). Un poil plus sexy, non?
Et puis réjouissons nous enfin de voir le jeu video sortir du placard miteux dans lequel il végétait depuis des décennies pour devenir un sujet de conversation tendance, partagé par tous. Rien de tel pour faire sortir le geek de son trou et en faire l’incontournable play boy des soirées mondaines.
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Je ne souhaite pas user de mon droit à faire de commentaire merci.
Allez, dérogation exceptionnelle… Que je vous y reprenne plus…
J’ai une wii et une ds mais j’enrage aussi contre les causual, a quand la fin de cette invasion de jeux pourris ou même un poussin schizophrène et sous morphine ne trouve pas la moindre difficulté?
Allez hop c’est les vacances, on va leur ressortir un vieille article, ils n’y verront que du feu.
C’est ça que tu t’es dit non ?
Bah arrête, c’est annoncé et assumé ! Pour une fois que je fais pas ma fourbasse !
Relis l’intro en page de Une et reviens t’excuser, vil petit asticot… ^^
Alors là désolé papa mfff, j’ai omis de lire l’intro tout pressé par ce nouvel article qui semblait tombé du ciel. Et puis on a pas idée de mettre à la Une la photo d’un papy tirant une tronche pareil (j’ai eu très peur ), ça focalise votre regard.
Bon je dois dire que c’est un excellent article qui ne pouvait pas s’en tirer avec deux malheureux commentaires, donc je plussoie cette session nostalgie
Par contre, nous sortir de vieux articles au lendemain des Etats généraux gamocratiques, c’est pas professionnelle tout ça. Je suis pas sur que le peuple gamocrate va apprécier…une petite révolution s’impose moi je dit !
Un peu de patience, fils ! La révolution, c’est pour septembre !
Pour l’instant, Laroisse et moi revendiquons notre droit gamocratique à ne rien foutre (enfin le minimum syndical) pour les vacacances ^^.
Allez, une Une pour vendredi, c’est promis !
Alors, je profite pour commenter cette article, ce que j’avais pas oser faire quand je suis arrivé, vu qu’il était déjà vieux. Mine de rien le réchauffé ça sert… Donc voilà mes premières impression du site :
Bravo !, enfin un site qui commence pas par odire « la Wiimote c le MAL (JDG inside) » et qui analyse correctement ce qui peut être interprété comme un phénomène de société.