Vis ma vie de clodo
Flashback : le jeu en ligne gratuit, Clodogame, où vous incarnez un SDF en quête de pinard et de reconnaissance sociale, a débarqué en France sous les huées des autorités… vite essoufflées par les hourras d’une centaine de milliers de gamers. Et là, les gars, j vous comprends pas…
« Suite à l’explosion du nombre de joueurs sur Clodogame, nous devons procéder à quelques modif sur notre serveur. »
C’est fait. Le nuage de Tchernobyl est passé, la grippe A s’installe, on ne voit pas pourquoi Clodogame se serait arrêté à la frontière française. Enorme succès en Allemagne avec plus de deux millions de clochards virtuels, le RPG à la sauce SDF cartonne aussi au pays des droits de l’homme.
Bon, avant d’en appeler au bon sens moral, au respect de la liberté d’expression ou au bon goût, arrêtons nous un très bref instant sur le jeu en lui-même, sorti de son contexte polémique : plutôt bien foutu mais sans grand intérêt. Tuning et upgrade du clodo, gestion de ton emploi du temps de chômeur, alliance avec tes collègues de rue pour dominer les caniveaux d’un arrondissement : Clodogame fait de la vie du sans abri une véritable petite aventure ludique que l’on mène le sourire aux lèvres, avec plaisir. Dommage que le manque d’animations et la répétition des actions du quotidien plombe un peu l’enthousiasme. C’est un peu chiant à long terme d’être SDF…
Un entre-deux merdique
Passé les premières heures, vous… attendez une minute… « Avec plaisir »??? J’ai bien dit « avec plaisir » ???? O…M…G… Vivre la petite aventure ludique de Bernard le Clochard ou Bianca la Cracra avec plaisir… Constat affligeant. Pas un seul instant, un soupçon de compassion, une pincée de tristesse ou une pointe d’empathie ne viennent perturber l’objectif purement ludique de Clodogame. « Du pur second degré », ce sont les mots mêmes du porte parole de l’éditeur pour la France. Pas de visée pédagogique, pas de volonté de sensibiliser la petite et la grande bourgeoisie à la misère humaine, juste l’ambition de divertir et de palper des biftons. Soit. Trêve de démagogie, on n’a jamais dit qu’un jeu devait nécessairement éveiller les consciences ni même choisir le camp des bien pensants. Je suis le premier à défendre le droit à l’insouciance, l’inconséquence et la liberté de débattre et de rire de tout.
Se foutre de la gueule des cons, des pauvres, des bourges, des juifs, des blacks et des franchouillards, moquer, en les caricaturant, les habitudes et les codes de chacun constituent un droit inaliénable et son respect le symptôme d’une démocratie vivace. Seuls impératifs : être drôle et titiller là où ça fait mal. En gros, polémiquer avec classe. Le problème de Clodogame, c’est qu’il n’est donc pas pédagogique ni même, et c’est plus grave, marrant. Il se situe dans un entre deux pourave, le cul merdeux entre deux chaises, évoquant un sujet sensible sans s’y intéresser vraiment, caricaturant une « classe sociale » sans même afficher l’ambition d’être drôle ou dérangeant. Rien ne transpire de cette épopée urbaine si ce n’est le bon coup de pub un brin dégueulasse. Clodogame se sert juste, comme prétexte, d’une réalité tragique – et très mal reconstituée – pour offrir au consommateur un confort de jeu potable et une visibilité hautement polémique à leur produit.
Du cliché nauséabond
Car j’ai du mal à accorder à cet éditeur le bénéfice du doute. Je considère férocement que le thème de son RPG et la grossièreté – comprenez le manque de subtilité - avec laquelle il l’aborde témoigne d’une seul objectif : placer leur logo sous les projecteurs, à n’importe quel prix. Quitte à humilier – c’est pas grave, ils ont l’habitude – une tranche pas gâtée de la population. Picoler, chouraver, tabasser, faire combattre son cafard de compagnie avec le pitbull du voisin de carton : bienvenu dans le monde purement animal et organique du SDF. Pour nous servir une vision tronquée, décérébrée de la réalité, on avait déjà le JT de Pernaud et le Droit de Savoir de Villeneuve, pas la peine que le jeu vidéo se prélasse aussi dans le purin médiatique.
Au final, Clodogame ou l’ère du vide ? Pas vraiment. Terré derrière une mécanique de jeu bien huilée, se dissimule un soupçon d’idéologie. Notre clochard virtuel, heureux possesseur d’un cafard et d’un gobelet, devra, par ses propres moyens, braver l’âpreté du quotidien et gravir les échelons sociaux pour devenir un châtelain bourgeois. Un parcours du combattant où l’Etat providence et les services sociaux n’ont aucun rôle à jouer. Une condamnation du laxisme étatique ? Pas du tout. Juste l’idée, pas forcément condamnable mais réductrice, que l’on peut, que l’on doit s’en sortir par soi-même. L’apologie du mythe du self made men. La rue, tu l’aimes ou tu la quittes…
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On devrait pouvoir créer une appli pour rajouter un mode « Enfants de Don Quichotte » et le perso de l’Abbé Pierre…
Grande classe cet article.
Je t’avoue ne pas avoir envi de tester. J’aurais pourtant bien aimé pouvoir débattre un peu et faire avancé le schmilblik, mais la chose ne m’attirais déjà pas au préalable, elle m’attire encore moins désormais.
Par contre y a que laroisse qui sait utiliser le flux Rss pour les nouveaux articles? ou alors y a un bug dans la matrice? Il n’y apparait pas en tout cas.
Heureusement que laroisse a écrit un message sinon j’aurais pas vu que t’avais bossé un peu ce mois ci xD.
Ah mais oui mais nan ^^. Pfff, j’apprendrais a lire une date d’article un jour…
C’est petit de remonté des articles comme ça laroisse ^^. C’est un trucs que l’on fait au bout de 3 ou 4 ans d’existence ça monsieur
.
Ou qu’on a pas un public d’habitué. Perso, j’ai été rédacteur en chef du journal de l’école et pour les jeux ou les dessins, quand fuat trouver de quoi remplir, ben direction les archives…
C’est le camarade Mfff qui a eu la bonne idée de ressortir nos premiers articles (que certains n’avaient eu l’occasion de lire) pour combler nos périodes de surcharge de boulot ou de vacances.
Il faut le prendre comme un florilège estival
Mais promis, on se remet bientôt à vous faire de merveilleux articles comme nous en avons le secret !