Zelda 2, ma madeleine vidéoludique !
Proust avait sa madeleine trempée dans du thé, qui lui rappelait les week-end chez sa tata. Perso, j’aime pas le thé, et ma madeleine à moi s’appelle Zelda 2 : The Adventure of Link, sorti en 1988 sur NES.
Prenez le texte original extrait de « A la Recherche du Temps perdu », changez quelques mots par-ci par-là, lisez. Le résultat est vraiment surprenant !
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Il y avait bien des années que, de Commentry, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n’existait plus pour moi, quand un jour d’automne, comme je rentrais à la maison, ma compagne, voyant que je m’ennuyais, me proposa de jouer, contre mon habitude, à un bon vieux jeu de la Console Virtuelle de la Wii… Mon premier amour vidéoludique : Zelda 2 : The Adventure of Link. […]
A l’instant même où les premières images du jeu s’affichèrent, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée aux images et à la musique du jeu vidéo, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je joue une seconde partie où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du jeu semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la manette et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. […]
Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à ces sensations de jeu, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit. […]
Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Cette sensation, c’était celle de mes premières minutes devant Zelda 2, les matins à Commentry, quand je me levai aux aurores pour jouer avant de partir à l’école, devant l’œil inquiet mais protecteur de mes parents. La vue du jeu vidéo ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse joué ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans y jouer, sur les rayons des magasins, son image avait quitté ces jours de Commentry pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés depuis si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes – et celle aussi de la petite cartouche du jeu, si grassement sensuel sous son emballage dorée – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, les sensations du joueur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.
Etonnant, non ?
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Ah ah ^^. Bien trouvé mon cher laroisse.
C’est donc pour ça que je te vois pas sur peuseuh3? T’es sur zelda comme un ouf?
Lorsque ma copine m’a vu en train de pleurer au bout de mon 70ème Game Over dans le cinquième Palais de Zelda 2, elle m’a dit qu’il serait peut-être mieux pour moi de faire une pause avant de devenir dépressif ou ultra violent…
Par contre j’ai un vrai souci avec ma PS3. Dès que je démarre un jeu, sans même jouer en ligne, ça met ma connexion internet en vrac… impossible de se reconnecter. Je sais pas si c’est lié à la PS3 ou à la Dartybox mais ça commence à devenir pénible…
T’est en mode routeur sur ta darty box? Si ce n’est pas le cas, faut voir de ce coté là en premier lieu, ensuite faut voir les port que tu as configuré… Parce que je vois pas trop pour quelle raison ça ne fonctionnerais pas…
Au début, j’ai cru que ce texte était de toi.
Puis j’ai lu l’intro…^^
N’empêche que j’ai limite le même sentiment sur Jak & Daxter premier du nom.
@Dacoste : je vais voir si ça peut venir de là, mais c’est quand même vachement bizarrre
@Excalibur : c’est flatteur de ta part, mais je n’écris pas si bien
@Mordekai : les jeux vidéo ont marqué nos petites vies de gamer à tout jamais
Superbe idée laroisse
Merci Djou.
Je vais essayer de reproduire l’expérience avec un autre grand classique littéraire, mais c’est pas si évident que ça à trouver.
C’est pour quand le prochain? Et à partir de quel texte? En tout cas c’est blogué
@ Djou : je vais essayer de m’y remettre. Malheureusement, je ne suis pas un grand littéraire et ma culture dans le domaine est loin d’être encyclopédique. Mais on va y réfléchir… pourquoi pas un polar, de la SF ou de la philo ?
Je suis sûr que les frères ennemis Kant et Nietzsche parleraient très bien de jeu vidéo.