Gamers, indignez-vous !
Accroupis sur toutes les places du monde, les Indignés beuglent contre les banquiers, les banqueroutes et le prix du gaz. Pendant ce temps, le cul sur le canap et la tête dans les pixels, le gamer fait l’autruche dans les mondes virtuels. Ignorant que la crise n’épargne plus le vidéoludique. Où règnent bugs, surtaxes et arnaques légales. Mfff est en colère.
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1) Accroc aux bugs ? Paye ton patch !
Imaginez la scène chez Jojo le mécano.
- « Bon, M’sieur Mfff, reste plus qu’à me déposer 20 000 euros sur le bureau et le bolide flambant neuf est à vous ! ». Excité comme un ado devant son premier catalogue La Redoute, vous dégainez le carnet de chèque et gribouillez quelques zéros. L’affaire est pliée, votre compte en banque vidé.
« Merci bin, mon gars ! V’la les clés. Ah et j’ai oublié de vous dire : évitez de rouler avec, hein, les freins ne marcheront que d’ici quelques semaines, le temps qu’on vous patche le carburateur (NDLR : ou un truc dans le genre, Mfff n’y connait rien en mécanique…).
- Oui, oui, pas de problème, j’ai l’habitude. »
Surréaliste. A vous déclencher une pulsion de Finish Him à coup de frigo lâché d’un building pile dans les testicules de Jojo 300 mètres plus bas. IRL en tout cas. Car dans l’univers impitoyable des éditeurs vidéoludiques décomplexés et des gamers sous Prozac, on en aurait presque oublié qu’acheter un jeu 70 euros pour une partouze de bugs, corrigeables six mois plus tard après 34 mises à jours, c’est un putain de scandale.
Mais l’exception est devenue norme, l’accident une banalité. Là où le patch, belle idée en soi, aurait pu servir d’onguents homéopathiques à distiller à petite dose pour peaufiner l’expérience de jeu ad vitam eternam, le médoc virtuel se la joue antibio surcortizoné. Une question de vie ou de mort. Sans lui, un plaisir de jeu mort-né. Car n’imaginez pas aimer Skyrim (juste potentiellement le plus grand jeu de tous les temps) sans la quatrième version du patch de secours. A moins de surkiffer les dragons parkinsoniens qui volent en arrière, le cul en avant sur fond de symphonie homérique, l’épique en prend un vilain coup. Sans compter que le cracheur de feu a décidé subitement de ne plus jamais poser ses miches sur la terre ferme. Va donc dégommer un dragon en moonwalk à 400 mètres au dessus des pâquerettes avec ton lance-pierre et un lag de Zx Spectrum…
Même Nintendo, l’assurance tout risque du jeu vidéo, a mis 5 ans pour nous pondre un Zelda mortellement piégé. Parle à Papy Goron plutôt qu’à Môman Gerudo dans l’étape 12 de la quête 3 et la princesse ne saura jamais sauvée (qu’elle se démerde pour une fois , vous me direz…). Même la Triforce n’y pourra rien. Retour à la dernière sauvegarde ou pire, à la case départ. Seul le saint patch débarrassera un jour Hyrule de ses vilains glitchs. Et pour les vieux fous qui n’ont pas de connexion Internet, le SAV de Big N se fera une joie de récupérer quelques semaines votre Wii pour un tripatouillage salutaire.
Bref, mieux vaut acheter son jeu trois mois plus tard en occaz que neuf le jour J. C’est moins cher et on est sur que ça marche. Sauf que…
2) You shall not (online) pass !
Sauf que le Consortium des Empapouteurs de Gamers, bouffeur insatiable d’argent de poche, s’est mis en tête, bien au dessus des lois et de notre plaisir de jeu, de raser le dernier refuge des gamers : le marché de l’occaz. Fait unique dans l’histoire pourtant déjà tordue de la Consommation, vous n’êtes désormais plus vraiment propriétaire de vos achats. Là où les DVD, les voitures, les BD, le toit où vous vivez s’échangent sans barrière entre gens de bonne volonté, les jeux vidéo s’érigent un monde de l’offre et de la demande bien à eux où l’éditeur s’incruste dans la transaction et ponctionne sa gabelle à chaque étape. Le tout grâce à un online pass parfaitement constitutionnel.
Sans compter que pointe sur les forums de ces râleurs de gamers une nouvelle crise d’angoisse métavidéoludique : le spectre d’une date de péremption de ces fameux codes d’activation. Pour la faire court : vous avez
beau faire péter les 70 euros pour un jeu neuf, le compte à rebours est enclenché. Pas le temps de faire une pause casse-croûte, geekez jusqu’à crever de faim : vos droits sont déjà à l’agonie et mourront avant le dernier boss. A moins de se payer, encore et toujours, un nouvel online pass. Toujours dans la polémique, EA nie ce nouveau tour de passe passe. C’est pourtant arrivé à quelques malheureux. Un nouveau bug ? Un nouveau patch ? Admettons.
Toujours est-il que, périssable ou pas, le online pass réussit ce miracle alchimique : faire de l’occasion un marché plus cher que celui du neuf. La plupart des franchises à la Micromania revendant leurs jeux d’occaz récents avec un rabais frôlant les cinq euros et le online pass plafonnant à dix, le bilan comptable fait pleurer le bon sens moral : le Fifa 12 vous coûtera 75 euros sans blister à décacheter. Ah et tant qu’on parle de Micromania, autant en profiter pour lui mettre le nez dans ses aberrations commerciales. Des bons de réduction (cédés après trois smics d’achat) périmés en quatre jours, un service de location trois fois plus cher qu’ailleurs, le même jeu plus cher en occaz sans online pass qu’en neuf (demandez une explication au vendeur, c’est assez tordant…) et un Left 4 Dead déjà consommé depuis quatre ans à 25 euros : la franchise maudite continue de se foutre de notre gueule avec un sourire qu’on serait tenté d’édenter de temps en temps…
3) Bah il est où le jeu ? DLC…
Bon, on gueule, on gueule mais on sait aussi s’extasier des petits miracles. Samedi 31 décembre 17h. Coup de pot monstrueux. Un peu fou, vous achetez, avec vos étrennes, un jeu neuf et… et… nom de dieu ! Il marche ! Pas d’homme-cougar dans un terrier (aaaah Red Dead Redemption…), pas de troll en mode tourniquet accéléré dans les nuages de Skyrim, pas de goal en pause-pipi en plein match de Ligue Master. C’est la magie de Noel. Vous avez réservé tout votre week-end : le réveillon, les potes, la belle Lily iront se faire voir. Première bonne nouvelle : vous allez pouvoir vous bourrer la gueule, bizouter tout ce qui bouge, faire la grasse mat’, mater le combo Derrick/Le Renard/Miss Marple avec Mamie et faire un foot avec les potes : samedi 31 décembre à 21h, vous avez déjà torché votre jeu, trophée platinum compris.
Mais deuxième bonne nouvelle : quand c’est fini, c’est pas fini. L’éditeur, ravagé par votre frustration, vous a concocté en urgence (non, non, ce n’était pas du tout prévu avant. Autrement,
il l’aurait intégré au jeu, hein…) une petite compensation. Trois jours plus tard, sortira donc le premier des quatre DLC qui catapulteront au final la durée de vie à une dizaine d’heures… pour un coût total de 110 euros. Là encore miracle alchimique digne de la multiplication christique des pains : un scénar, un budget mais le gamer passe quatre fois à la caisse. Avec, comble de l’aliénation et du sort d’illusion niveau maître, l’impression parfois pour le joueur d’avoir fait, à dix euros le bout de jeu, une super affaire. Magistrale.
Mais le plus triste dans tout ça, c’est, qu’au-delà des sourires carnassiers et des majeurs tendus bien haut, l’industrie vidéoludique saborde à petit feu des outils qui auraient pu poser les bases d’un nouvelle émulation entre joueurs et éditeurs. Mfff n’a rien contre les patchs qui, mois après mois, sculpteraient les contours, grâce au feedback des joueurs, d’un jeu en quête de perfection. Mfff piafferait d’impatience à l’idée de voir, une fois l’an, un DLC aux larges épaules venir réveiller les souvenirs heureux d’un jeu presque oublié. Mais les gardiens du temple, aveuglés par ce qui brille, en ont décidé autrement. En vendant les objets sacrés aux plus offrants. Et en monnayant au prix fort les portes du paradis vidéoludique. Il est temps de se réapproprier notre culte. Il est temps de brûler les vieilles icônes. Et de pousser tous ensemble un gros Thu’Um d’indignation.
Bref, on en a gros.
Et vous serez gentils de ne pas me laisser brailler tout seul comme un con…
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moi aussi j’en ai gros
YOL TOOR SHOL
Tellement vrai.
J’apporte tout mon soutien à cette révolte juste et nécessaire ! J’aurais bien ajouté « No pasaran ! » mais je crois qu’ils sont déjà passés et qu’on va avoir du mal à les rattraper…
Mfff, quand tu veux on plante la Questchua devant la villa de Kotick !
Je prépare une banderole « We are the 99% (download in progress…) ».
Nous ne plierons pas devant les réponses buggées, les justifications d’occaz et autres conférences de presse à venir en DLC !
Le Grand Soir gamocratique arrive à grands pas ! Gamers de tous les pays, connectez-vous !
Signé : Tartagueul sur fond rouge, le pad entre les dents.