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Les jérémiades de Geek Grognon (3)

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Déposé par dans 15 mars 2012 – 17 h 37 min9 Commentaires
Les jérémiades de Geek Grognon (3)

Les gamers, décidément, sont de grands incompris. Votre Geek Grognon adoré (mais si) en fait l’expérience quotidiennement : chaque fois qu’il cherche avec enthousiasme à partager un peu sa passion en société, c’est le bide. Face à ses échecs successifs, il lui a donc logiquement fallu désigner des coupables… Résultat : si les jeux vidéo ne sont pas reconnus à leur juste valeur par le grand public, c’est la faute à des arguments contre-productifs récurrents exposés tôt ou tard par un peu tout le monde. Faites entrer les accusés.

1) La durée de vie : c’est qui qui a la plus longue ?

C’est devenu un des critères les plus essentiels, le sésame sans lequel le plus innovant, le plus révolutionnaire des jeux passe pour la plus inacceptable des embrouilles : la durée de vie. Il ne suffit plus à un jeu d’être amusant ; il ne suffit plus à l’histoire qu’il raconte d’être prenante ; il ne suffit plus aux personnages qu’elle met en scène d’être touchants. Il faut d’abord et avant tout qu’il dure longtemps.
Plus aucun titre n’échappe à cette vilaine équation : le nombre d’heures nécessaires à le finir divisé par sa valeur en dizaine d’euros. Bon, ok, un jeu vidéo, ça coûte cher ; c’est vrai que j’ai tendance à oublier ce critère, quand j’ordonne à mes domestiques de commander les éditions collectors en Day One tout en barbotant dans mon jacuzzi de secours au huitième étage de ma villa secondaire…  Alors certes, qu’un joueur désargenté soit quelque peu amer en pliant en quelques heures un jeu à 70 euros se conçoit ; et que cet argument soit brandi par des hordes de gamers sans le sou peut se comprendre.
Mais est-il vraiment nécessaire qu’il fasse autorité jusque dans les colonnes de la presse spécialisée ? Si la durée de vie est une information pertinente pour le consommateur, doit-elle vraiment être mise en avant au point de figurer dans un pavé de notes ou dans les +/- en conclusion d’un test ? Que  penser, en effet, d’un média dont la qualité des œuvres est mesurée en fonction de leur durée ? Comment s’étonner du regard condescendant porté par certains journalistes généralistes sur notre passion (et par conséquent par leurs lecteurs), quand ils constatent que leurs collègues de la presse spécialisée eux-mêmes jugent les jeux vidéo à la pesée ?

Mirrors edge1 Les jérémiades de Geek Grognon (3)

2) Les graphismes : c’est qui qui a la plus belle ?

Voilà plus de trente ans que nous autres gamers l’avons compris : pour qui sait geeker entre les pixels, aucun jeu amusant n’est assez laid pour empêcher l’imagination de combler les lacunes esthétiques. Ceux qui ont joué de la machette au cœur de la jungle en 4 couleurs de Pitfall ou traversé des galaxies en EGA dans le cockpit de l’Arche du Capitaine Blood en savent quelque chose.
Bien sûr, ceux qui ont poursuivi ou débuté cette tournée astrale aux commandes du Normandy dans Mass Effect savent aussi que la haute définition a du bon. Mais de disquette 5 pouces 1/4 en DVD-ROM, de mégahertz en gigahertz, de double en quadruple cœur, on ne peut se défaire du sentiment que la technologie poursuit moins l’idéal vidéoludique qu’elle ne fuit en avant. Que malgré toutes ces générations qui sont autant de couches de peinture, les jeux vidéo se suivent et se ressemblent.
Entre les séries quasi-trentenaires qui affichent derrière leur titre bankable des numéros absurdes, la profusion de remakes, la redondance de la plupart des jeux proposés avec un cynisme scandaleux au fameux marché casual, et d’autre part, la relative clandestinité de la scène indépendante, comment reprocher à un observateur superficiel son impression d’immobilité du média ? Comment s’étonner que le grand public voie toujours la même chose si les gros éditeurs, surfant sur l’inflation du nombre de polygones affichés à l’écran, lui offrent sempiternellement les mêmes divertissements ?

3) La difficulté : c’est qui qui a la plus dure ?

2011, l’excellent Dark Souls permet enfin aux joueurs de Xbox de découvrir cette licence réputée impitoyable : ça y est, les snobs du pad peuvent scorer sur leurs deux oreilles, on a trouvé un jeu vraiment difficile ! Entrée interdite aux casuals ! Dehors les petits joueurs ! Aux chiottes les mythos du hi-score ! Voilà un jeu qui ne pardonne rien, voilà un titre qui n’accueille que l’élite, voilà un soft taillé sur mesure pour les vrais boss !
D’abord, j’ai un scoop : les hardcore-gamers geekent un poil plus haut que leurs pads. Ce soi-disant parangon du vidéoludisme exigeant, c’est comme Megaman et Ghouls’n’ghosts : un exercice de mémoire… Attention, je le reconnais volontiers : pas moyen de faire deux pas dans un environnement inconnu sans perdre autant de vies. Mais une fois les circonvolutions d’un niveau intégrées, c’est bienvenue chez mémé. On étrille les yeux fermés, on désentripaille sans compter, on désosse à la volée, on occit, on dégomme, et on charcute à volonté. Plus vicieux qu’exigeant, plus piégé que difficile, plus doloriste que puriste, Dark Souls n’est en fin de compte qu’une question d’habitude…

Dark Souls Les jérémiades de Geek Grognon (3)

Par contre, cette obsession de la difficulté révèle la nature d’un certain snobisme vidéoludique : désormais, le jeu vidéo, comme son fameux grand frère le cinoche, n’échappe plus au détestable sectarisme d’une élite autoproclamée. Sauf que là où les gourous du cinéma ont au moins le bon goût d’insister sur l’intelligence du propos ou l’esthétique qui le soutient, ceux du jeu vidéo, négligeant de souligner les émotions qu’il procure et les aventures qu’il fait vivre, se focalisent sur un hi-score bête et méchant. Franchement, comment prendre au sérieux un média que ses défenseurs les plus virulents réduisent à un nombre de points ? Qui s’étonnera du peu de considération du grand public pour le jeu vidéo, quand de prétendus initiés n’y voient que l’occasion d’une démonstration de force sur le voisin ?

C’est pourquoi, quand j’essaie de convaincre famille, copine ou collègues de la valeur d’un jeu vidéo, je garde à l’esprit que ces foutus casuals se fichent éperdument de sa durée de vie, que l’absence d’aliasing leur touche un stick analogique sans faire bouger l’autre, et qu’ils se moquent comme de leur premier abandon de Wii Fit des skills nécessaires pour le finir : ces nOObs aux goûts si sûrs ne comprennent que le plaisir, l’émotion et l’aventure…

Et vous, chers gamocrates, quels sont les arguments que vous évitez soigneusement quand vous essayez de faire partager à vos proches le bonheur que vous procure votre passion ?

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  • geeker digital
  • jérémiades

9 Commentaires »

  • Thunder dit :

    Faut bien avouer que quand on cherche a partager un jeu avec un non-initié… on évite soigneusement les branlettes sur la technique…

    Enfin si, on a tendance a dire « ouaouh t’as vu comme c’est bô » mais plutot comme on le ferait d’un beau paysage… ( dailleurs les paysages de skyrim :D bon exemple de « beau jeu sans technique de ouf guedin )

    Ensuite concernant la difficulté… effectivement ils s’en branlent COM-PLE-TE-MENT. J’ai moi meme débauché ma copine dans le jeu vidéo au moyen de Heavy Rain. Ben elle a pris gout a d’autres jeux petit à petit, je l’ai meme une fois surprise en manque de GTA :D

    Concernant l’élitisme sur la difficulté… il faut un juste milieu.
    il faut à la fois qu’il soit accessible a un non-initié ( j’vais éviter le terme  » profane  » :p ) et à la fois que le jeu en ait assez dans le ventre pour tenir en haleine un mec qui a disons 15-20 ans de jeu vidéo dans les pouces.

    Les jeux de baston parviennent pas trop mal a ce compromis a mon sens, on a tous connu un perso frustrant au possible qui se contentait de matraquer son pad pour déchainer les foudres de son perso.

    Alors qu’un autre joueur va tenter de placer LE combo au timing poil de cul prés :D

    au moins ça réunit les  » niveaux » de joueurs ^^

    Enfin la durée de vie… autant je crache allègrement sur la politique de certains jeux de pan-pan t’es mort qui ne durent que 3-4 heures, autant je peux comprendre que pour beaucoup, l’intéret se trouve dans le online potentiellement infini… ( enfin si tu raques les online Pass et les DLC (aka : DansLeCul)

    Par contre un jeu trop long… ça devient rhédibitoire… je me surprends de me retrouver clairement en train de me faire chier dans skyrim… tellement on ne peut en voir le bout avec sa durée de vie surgonflée a coup de  » regarde, y’a un méchant pas bô a tuer a pétaouchnoque go go mon p’tit :)  »

    ( Et pourtant Skyrim m’avait beaucoup emballé lors de mes premieres heures :) )

    enfin voilà… un p’tit pavé pour passer le temps pendant ma grippe =’(

  • laroisse dit :

    Bon rétablissement Thunder !

  • Boll dit :

    Je suis totalement d’accord pour les graphismes et la difficulté, pour la durée de vie un peu moins. Notamment pour convaincre quelqu’un de jouer, si tu lui dis « oui ce jeu il est trop bien mais par contre 2 soirées et c’est plié », « ah il est à combien ? » « 70€, une paille. »

    Mais par contre, pour convaincre quelqu’un, je pense le mieux ça reste la mise en scène et donc un peu les graphismes (bayonetta yay) OU le fun immédiat, le casual quoi (merci nintendo).

  • Keibo dit :

    perso n’achetant pas mes jeux au prix fort et pourtant le jour de leur sortie, la durée de vie ne fait pas partis de mes critère principaux.
    Moi c’est les graphismes, entendre par la la patte graphique (cell-shading, réaliste,…), l’ambiance (sombre, joyeux,…) ou même le thème (moyen age, espace, steampunk,…)

    L’histoire, on ne peu profiter pleinement d’un jeu vidéo sans entrer dedans (comme un bon livre je vous dirais). Une Bon histoire, bien ficelée et intéressante est nécessaire.

    Et pour finir la maniabilité le meilleur jeu du monde ne pourrais pas l’être aujourd’hui avec une maniabilité datée ou même impossible a jouer.

  • Keibo dit :

    Pardon pour le double post

    La difficulté ne fait que j’achèterais un jeu ou non mais un peu de challenge ne fait de mal a personne. Et sa flatte l’ego de finir un jeu hardcore.

  • Zetsuei dit :

    Ha les graphismes… L’argument qu’on me sort à chaque fois. Combien de fois j’ai du me prendre la tête avec quelqu’un à la fac pour lui expliqué que certes le jeu de nes auquel je joué était pixelisé voir moche selon le point de vue de certain (y’en faut pour tous les goûts) mais que le graphisme ne faisait pas le jeu. Je préfère 100 fois un jeu « moche » qui soit entraînant, attachant et prenant qu’un jeu qui en mets plein les yeux mais qui est vide sur tout le reste.

    L’un des arguments que je mets en avant moi c’est les musiques car elles contribuent largement à l’immersion dans un jeu. Un scénario captivant avec des musique prenante et on a une équation gagnante. Beaucoup ne comprennent pas que les compositeurs de jeux sont avant tous des musiciens qui pondent parfois de vrai merveille et que ce ne sont pas juste des vieux types qui joue avec un vieux synthé (bon y’en a mais quand même) comme beaucoup de mes potes le pense.

    Après, il est vrai que j’aime la difficulté. Un jeu que tu fini avec les deux bras attaché dans le dos sans mourir bah c’est un peu chiant même si il est très bon.

    Après niveau durée de vie je dirais que ça va dépendre. Il est vrai que finir un jeu en 2 temps 3 mouvements ça fait chié même si dans le fond il est très bon. Après si on regarde rétrospectivement bah les anciens jeux n’avaient pas forcément une grande durée de vie, c’était juste leur difficulté qui donné cette impression de longueur (ça et le fait que pour beaucoup on pouvait pas sauvegarder).

    En tout cas pour Dark Soul je verrais. J’attends de finir Mass Effect 3 pour le commencer. Et je suis d’accord, pour la comparaison avec les Megaman, les ayant presque tous et tous fini plusieurs fois c’est clair que c’est plus de la connaissance du terrain et de l’habitude que de la difficulté (quoi que pour certain Megaman même en connaissant ça reste parfois abomiffreux).

  • Boll dit :

    Ah par contre dire que les jeux durs c’est « juste » de l’apprentissage c’est un peu fort. Par exemple dans ghost’n goblins, les ennemis apparaissent aléatoirement ou ont des déplacements aléatoires, alors même si c’est la 100ème fois que tu fais le niveaux faut avoir des réflexes de fous dans certaines situations…

  • Tartagueul dit :

    Chers gamocrates, bonjour, et merci pour vos commentaires :)

    @Thunder :
    Bravo pour ta pédagogie. Faire passer ta gonzesse de Heavy Rain à GTA, ça a dû demander des trésors de sournoiserie. Déployés pour la bonne cause, s’entend :) . Perso, j’avais fait passer une ex d’Okami à Dead Space (bon, avec quelques dizaines d’intermédiaires, hein), alors je sais de quoi je cause :) . Et effectivement : le jeu de combat est un bon exemple d’œcuménisme vidéoludique, qui réunit les grosses brutasses du pad et les innocents du quart de cercle face à l’impitoyable cruauté d’un ultra-combo récalcitrant. Pas sûr que Mfff et son « petit merdeux » adepte de Dhalsim nous contredisent ;) . Bon rétablissement, en tout cas, et sois pas trop cruel envers Skyrim : je suis pas encore redescendu :)

    @ Boll :
    C’est vrai que ça marche dans les deux sens : les graphismes peuvent être convaincants. Ceci dit, avec Bayonetta, c’est comme avec Lara Croft : l’argument me paraît un poil cheaté :) , et je suis pas sûr qu’en l’occurrence, ce soient les jeux vidéo qui excitent la rétine du profane (allez, moi je suis un ouf’, j’ose le terme :) ). Pour la question de la difficulté et de l’apprentissage… Certes, c’est peut-être moins vrai pour Ghouls’n’ghosts que pour certains Megaman et même pour Dark Souls. Enfin, tu commences à connaître Geek Grognon, hein ? Il s’emporte, il s’emballe… Il paraît même qu’il est parfois un peu de mauvaise foi :)

    @ Keibo :
    Effectivement, c’est le thème, la direction artistique autrement dit, qui compte bien plus que les graphismes : rayon steampunk, par exemple, le vieux Wasteland (dont on annonce enfin la suite \o/) vaut bien les derniers Fallout. Et je suis d’accord : une bonne histoire est effectivement nécessaire, pour ne pas dire fondamentale. Il m’arrive d’ailleurs de penser que c’est l’honneur du jeu vidéo d’aujourd’hui de considérer cette nécessité narrative et émotionnelle. Sinon, en effet ça flatte l’ego de finir un jeu hardcore : c’est peut-être justement ce narcissisme qui nourrit l’élitisme que n’a pas pu s’empêcher de conspuer cette tête de mule de Geek Grognon :)

    @ Zetsuei :
    Bien vu, la musique est en effet un excellent angle d’approche. Si bon que comme tu le soulignes, les musiciens rechignent à reconnaître que ce sont de vrais compositeurs derrière (une soirée à me battre contre la moue dubitative d’un ami multi-instrumentiste qui refusait de croire que le thème de Dragon Quest avait été composé spécifiquement pour le jeu). Et oui, la durée de vie des jeux de l’époque était rikiki (forcément, sans sauvegarde). Et tous mes vœux de bonheur sur Dark Souls : si la façon dont on insiste sur sa « difficulté » m’agace un peu, ça reste un jeu exceptionnel, un des meilleurs de cette génération. Ah, et puis sinon, je me permets de te piquer « abomiffreux » : j’adore ;)

    @ Pères fondateurs : merci pour la mise en ligne et pour les illustrations !!!

  • Zetsuei dit :

    Ha ha pas de soucis pour le mot abomiffreux c’est juste une expression habituel dans ma famille.

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