Assassin’s Creed II : In Videoludi Credimus !
Il paraît que Benjamin Franklin chie dans son froc. Des rumeurs de plus en plus insistantes lui annoncent en effet l’arrivée du libérateur de carotides le plus en vogue du jeu vidéo. Ben et ses potes ont intérêt à passer la seconde s’ils veulent avoir le temps d’achever la Constitution des Etats-Unis sans trop torcher la rédaction du deuxième amendement (ça pourrait poser problème à l’avenir…). Pour fêter le retour du crédo de l’assassin, Tartagueul plonge capuche la première dans un de ses meilleurs souvenirs vidéoludiques de ces derniers mois : Assassin’s Creed II. Benvenuti in Gamocrazia, amici !
Une histoire… de jeunesse
1480. Dans la douceur de la nuit florentine, une silhouette agile escalade le mur d’une villa. Ce héros de roman qui s’introduit ainsi dans les appartements de sa dernière conquête est loin de se douter que ses aptitudes en grimpette trouveront bientôt des occasions moins triviales de s’illustrer… Mais comment ce séducteur devinerait-il, tandis qu’il décoiffe à la lumière de la lune la fille cadette d’un voisin bourgeois, que cette même nuit voit de sombres personnages ourdir le meurtre de son père ? Peut-il imaginer que sa quête de vengeance le conduira à traverser l’Italie, en assassiner les trois-quarts de la classe politique, lutiner duchesses et voleuses dans les coins, et transformer l’avenir au passage ? Comment sa bouche qui embrasse connaîtrait-elle les condamnations que sous peu elle prononcera ? Son cœur qui ne sait que s’attendrir, les épreuves qui bientôt l’affermiront ? Ses mains qui aujourd’hui caressent, les meurtres qu’elles commettront demain ?
Le voyage initiatique pour lequel embarque ainsi cet adolescent léger le transformera en un héros aussi courtois que cruel, aussi distingué que résolu, au ténébreux regard aussi charmeur que déterminé. Tel est le destin d’Ezio Auditore, tombeur de ces dames, cavalier méritant, bretteur insatiable, champion de GRS par vocation et bourlingueur par nécessité. En sa compagnie, vous traverserez les années Borgia et la campagne transalpine dans un monde semi-ouvert regorgeant de cités éblouissantes, de personnages hauts en couleurs, et bien sûr d’occasions de faire le mariole au sommet des Campaniles.
Car au cœur de cette Italie du XVe siècle plus vraie que nature, et tout en dézinguant méthodiquement la racaille au pouvoir, vous escaladerez le Dôme de Florence, enchaînerez les culbutes sur le Ponte Vecchio, et sauterez de toit en toit telle une silhouette fugitive traversant une toile de Rafaello avec une classe de Yamakasi… « Bref, Tomb Raider chez les Tortues Ninja, quoi… » soupirez-vous ? Un peu, je vous l’accorde. Mais pas seulement.
Une histoire… dans l’Histoire
Car la grande réussite du jeu tient à son univers hyper-référencé : entre deux assassinats, on file un coup de main à Laurent de Médicis, on découvre un passage secret dans les murs de Santa Maria del Fiore, on tire les nattes de Catherine Sforza et on inaugure la machine volante de Leonard de Vinci… Avant de mettre le cap sur Venise pour traquer Savonarole aux côtés de Machiavel. Ainsi, à la manière d’un Forrest Gump du Quattrocento, la petite histoire et la grande se croisent, s’effleurent ou se rencontrent tout au long du jeu dans un cadre d’une invraisemblance gentiment souriante.
Il faut dire que le soft n’a pas oublié de pratiquer le second degré : en effet, le joueur n’incarne pas directement Ezio, ce cabot au grand cœur et au jarret surdéveloppé, mais bien Desmond, son lointain descendant à notre époque. Alors accrochez-vous : ce dernier s’incarne en lui grâce à une sorte de machine de rétro-ingénierie génétique lui permettant d’usurper l’ADN de son aïeul. Déjà, ça commence fort… Le but étant de déjouer un complot millénaire opposant la secte des Assassins à celle des Templiers, dont on nous laisse entendre entre deux courses de haies sur les toits jouxtant la Basilique St-Marc qu’ils seraient à l’origine de l’assassinat de JFK… Sans déconner ? Et même pas de la grève de l’équipe de France au Mondial 2010 ?
Vous l’aurez compris, l’intrigue de cet épisode est aussi intelligemment branlée que le pitch général de la série est What the fuck. Mais cet improbable cross-over entre Max Gallo et Code Quantum, d’abord agaçant, se révèle vite salutaire en ce qu’il allège l’aspect relativement pointu du contexte historique. L’encyclopédie in-game, aussi documentée que goguenarde, joue d’ailleurs du même contraste entre scrupuleuse reconstitution et anachronismes assumés (conduisant le joueur curieux à se munir d’un Ancien Testament pour comprendre certaines vannes ; si ça, c’est pas révolutionnaire…). Au final en tout cas, M. Cheminade a de quoi se consoler de ses revers électoraux, la dimension éducative du jeu s’avérant d’autant plus efficace qu’il ne se prend pas au sérieux…
Une histoire… de famille
Malheureusement, Assassin’s Creed II, fidèle à son concept généalogique jusque dans ses lacunes, n’échappe pas à son ascendance, et l’ADN du jeu est aussi lisible que celui de son héros. Rejeton de Prince of Persia, il est beau comme son papa, mais tout aussi maladroit : plus assisté que la création d’un document Word, il n’offre guère de challenge que quand il bugge. Les sauts sont automatiques, les combats tellement bourrins qu’ils feraient passer le pire des Dynasty Warriors pour un spin-off de Virtua Fighter, les séquences d’infiltration souvent abomiffreuses, et les cavalcades aussi convaincantes sur le plan de la maniabilité qu’une virée en Mako dans le premier Mass Effect.
Mais comme dans ce dernier, les imprécisions des commandes et autres errances de gameplay sont balayées par un charisme ravageur. Les agacements sporadiques du gamer pèsent en effet bien peu face à l’émerveillement d’un regard levé sur les colonnes de la place St-Marc, à la griserie d’une course-poursuite sur les cimes de Florence, ou au vertige sublime d’un « saut de la foi ». Jeu des altitudes par excellence, Assassin’s Creed II plane au-dessus de ses propres défauts avec grâce et désinvolture. À l’image de son héros et de la Renaissance qu’il met en scène, il se hisse à l’assaut des sommets sous l’impulsion de ses ancêtres…
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J’ai vraiment aimé lire cet article. Surtout le début qui est écrit avec une superbe plume.
merci, Zetsuei
, ça fait bien plais’
Et merci aux pères fondateurs pour la mise en ligne et les illustrations
« les combats tellement bourrins qu’ils feraient passer le pire des Dynasty Warriors pour un spin-off de Virtua Fighter »
J’ai explosé xD
Je me suis pas encore fait les assassin’s creed, peut-être qu’un jour…
Sinon ma dernière claque (ou plutôt la maison qui m’est tombé dessus) vidéoludique dernièrement c’est Metal Gear Solid 2 (cette fin O_O) et 3 (cette mise en scène O_O). Par contre j’ai pas trop accrochés à Peace walker (on peut pas ramper WTF).
Vive les HD collections, zone of the enders arrive en octobre.
My pleasure Tartagueul !!!
@ Tartagueul : belle plume.Ayant tâté un peu des manettes concernant ce jeu, je dois dire que j en apprécie aussi le coté esthétique avec de beaux paysages ainsi que le charme du personnage principal Ezio Auditore