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Sam & Max : un amour de vacances


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Déposé par dans 1 août 2012 – 17 h 38 min3 Commentaires
Sam & Max : un amour de vacances

Aahhh, les point’n’click… ces jeux où on fait de la tyrolienne avec un poulet et où on se décolle la rétine en traquant les pixels interactifs, c’est toute la jeunesse de Tartagueul. Mais la vie est dure pour les gamers, et j’avais fini par me lasser de scruter chaque recoin d’écran en collant mes fonds de bouteilles contre le moniteur, au grand désespoir du syndicat des opticiens de France. Et voilà qu’un soir d’errance sur le Xbox Live, je tombe nez-à-truffe avec Sam & Max, une pointure que j’avais bizarrement ratée en 1993. Mais que t’est-il arrivé, Sam & Max ? Autrefois trônant au sommet des pyramides de la FNAC, te voilà relégué dans un coin de plate-forme téléchargeable ? Au fond, ça tombe bien : on ne nous y surprendra pas.

1)     La rencontre : point’n’geek

Oui, la vie est dure pour les gamers. Hier encore, j’avais vingt ans et je faisais des concours de casse sur l’île du singe, quand je ne démasquais pas un odieux meurtrier dans la moiteur paradisiaque d’une croisière pour un cadavre… J’avais vingt ans et, le cœur léger, je repoussai des invasions de tentacules spirituels dans un éclat de rire aussi franc que pixellisé.

Mais le temps s’en est mêlé : peu à peu, de Full Throttle en Grim Fandango, le pointeur de ma souris s’est mis à balayer l’écran avec moins de fougue… Soudain, c’est mécaniquement que j’ouvrais le menu d’actions, c’est sans désir que je déclenchais les cinématiques. Et puis, impitoyable, s’abattit la rupture bête et brutale : de dépit, je cédai à une courte et insignifiante incartade dans le gameplay nerveux des shoots et du cheat, je trompai mon amour de jeunesse pour les courbes appétissantes d’un anti-aliasing bien dessiné… Pardonnez-moi, Delphine et Lucas : ce n’était qu’une partie de clicks en l’air, un égarement sans lendemain !

Full Throttle 300x187 Sam & Max : un amour de vacances

Mais j’avais beau m’excuser, le mal était fait ; toi et moi, cher point’n’click, c’était fini, terminé, basta ! Le désamour vidéoludique, implacable, avait dicté sa loi. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de te récupérer : pendant quinze longues années, je t’ai cherché. J’ai enquêté à demi, j’ai geekoté de remakes sans ambitions en revivals maladroits. Et juste quand j’allais mettre l’original des Voyageurs du temps sur E-bay et la roue anti-piratage de Monkey Island à la déchetterie, ils me sont apparus. L’un, ses longues oreilles tombant nonchalamment sur le revers de son costume rétro ; l’autre, tranchant de son sourire effrayant deux décennies de déceptions. C’était un soir sur le Xbox Live, le Deal of the Week brillait de mille feux, mon compte était au beau fixe, et le bouton A frétillait sur mon pad. Cher point’n’click, se pourrait-il que tu m’aimes encore… ?

2)     La passion : point’n’freak

Ce fut comme une apparition : ce duo de flics dont la leste quincaillerie est aussi souvent de sortie que le ciboulot est ralenti, mon cœur de gamer nostalgique l’attendait depuis deux générations de consoles… Quand je les ai entendus manier leur verve burlesque et leur esprit doux-dingue, quand je les ai vus jouer toute la journée du flingue –le genre gigantesque- et de la répartie trash, je les ai tout de suite aimés. Dès les premières répliques où, de bavures spectaculaires en plaisanteries salaces, ils égrenaient leurs souvenirs de carrière dans un esprit bravache, mon pad s’est mis à battre la chamade. Ça se passe comme ça chez Sam & Max : un temps pour la gâchette, un temps pour la braguette, et si d’aventure il en reste, un temps pour mener l’enquête.

Sam Max 300x187 Sam & Max : un amour de vacances

Car les deux trublions ne vivent pas que de parabellum et d’humour revêche. Les bougres, comme l’indique la peinture craquelée sur leur porte branlante, sont détectives privés quand ça leur chante. Et le soir où je les ai rencontrés, ils étaient justement d’humeur à se bourrer de délinquants jusqu’à la gueule.

Un peu honteux d’avoir raté leur première sortie en 1993, je me suis jeté dans leurs bras : il n’est jamais trop tard pour aimer et ensemble, nous avons geeké le parfait amour pendant toute une saison. Ah, comme nous avons été heureux ! Je nous revois au volant de leur bolide canarder à tout-va, je nous revois coacher un rat boxeur et passer le test de Rorschach chez une apprentie psy, ancienne tatoueuse et future journaliste à scandales… Oui, comme si c’était hier, je nous revois terrasser un robot de six mètres et jouer dans une sitcom délirante, démasquer un faux père Noël et déjouer les plans machiavéliques d’un fabricant de nounours hypnotiseurs ! Insouciants et heureux, nous avons ainsi combattu le crime en nous marrant comme des tordus pendant six épisodes, et puis…

3)     La rupture : point’n’quit

Et puis la routine s’est installée : les énigmes ne me surprenaient plus, les dialogues m’amusaient à peine. Soudain, le cœur lourd, je me suis rappelé pourquoi j’avais largué Lucas Arts. Les mini-jeux eux-mêmes, pourtant clairement conçus pour casser la monotonie inhérente au point’n’click, ne faisaient plus que la souligner ; les fraîches fulgurances de la lune de miel n’étaient plus que des QTE fadasses. Mais je voulais encore y croire : on ne peut pas atteindre le septième ciel à chaque mouvement de stick, me disais-je d’une voix complaisante. Après cette cinématique, ça va repartir comme en 40. Oui, dès que j’aurai bouclé cette séquence paresseuse, tout recommencera : cher Sam & Max, tu iras coquettement te refaire un gameplay pendant les temps de chargement, et je me replongerai dans tes grands gags…

sam max culture shock f 300x225 Sam & Max : un amour de vacances

Mais il n’y a pas eu de miracle, bien sûr. Et pourtant, je t’ai aimé, de tout mon gamertag : dès la première démo, c’était magnétique. Tes énigmes et mon pointeur étaient faits pour s’entendre. Coup de bol, ta direction artistique était à tomber par terre et la fluidité de ta progression, parfaitement calibrée. Mais tu aurais pu souffrir de graphismes imbitables et d’un game-design fini à la pisse, je t’aurais aimé pareil. Et si aujourd’hui, tout est terminé, sache que je ne t’oublierai pas : dans chacun de tes pixels, il y avait un bout de ma jeunesse vidéoludique, dans tes vannes incessantes, un coin de Monty Python et une saveur complice, et dans ton script 24 carats, cher Sam & Max, il y avait du bonheur par giga-octets.

Bref, entre Sam & Max et moi, c’est de l’histoire ancienne. Mais d’autres gamers sauront l’aimer, et comme je ne suis pas une pince, je vous refile son 06 :

http://www.clubic.com/demo-jeux-video-8163-0-sam-max-saison-1-demo-jouable-1.html

Bonne bourre, amis gamocrates !

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3 Commentaires »

  • Zetsuei dit :

    Une écriture vraiment belle qui a su faire écho en moi. Je dois reconnaître que je suis un peu dans le même cas ayant fait mes dents de point’n click dans ma jeunesse (Maniac Mansion restera l’un de mes plus beau souvenir) j’ai perdu un peu de mon attrait pour le genre. Même si j’ai bien apprécié le dernier Monkey Island de Telltale je n’ai pas réussi a m’y plongé aussi profondément que je l’aurais fais il y’a quelques années. Il faudrait toutefois que je test un coup ce Sam & Max que j’avais offert à mes parents sur la Wii voir si j’arrive a renouer avec le genre.
    Encore une fois très bon article.

  • Tartagueul dit :

    @Zetsuei: Oh là ! Arrière toute, malheureux ! La version Wii est réputée pour être carrément dégueulasse : maniabilité à la truelle (ce qui est d’autant plus étonnant que la wiimote se prête très bien au genre au contraire du pad ; alors que, justement, le jeu au pad est très confortable), textes incompréhensibles car dépassant de l’écran (fail du passage de la HD au cathodique ?), et j’en passe… Enfin, je n’ai pas eu l’occasion d’essayer, mais la version Wii prend régulièrement cinq points sur vingt dans la gueule par rapport aux autres versions sur les sites spécialisés… Alors crois-en la gamocratie, l’ami, et télécharge la démo PC ou celle du Xbox Live.
    Et merci d’avoir apprécié le papier lui-même :) c’est agréable de voir qu’on se se bouge pas le cul et la plume qu’il contient pour rien ;)

    @Laroisse: une anticonformiste de métier de mes amies me confiait récemment que mes remerciements systématiques aux pères fondateurs de la gamocratie, je cite, « faisaient suceuse ». Je lui ai épargné la colère de Tartagueul pour ne pas ruiner sa soirée, mais c’est toujours aussi sincèrement et publiquement que je tiens à te remercier pour la mise en ligne et les illustrations : cet historique du point’n'click avec full throttle en plus, je kiffe ;)

    Longue vie à la gamocratie !

  • Lilinotchka dit :

    @ Tartagueul : sans vouloir faire je cite « ma suceuse »envers vous.Apres lecture , je trouve que c est un tres bel article ou quand la passion du jeu rencontre celle du style romanesque , c est une romance c est une belle histoire, meme si ce n était qu un amour de vacances…
    n étant pas une gameuse confirmée je dois malgré tout vous dire cher
    Tartagueul que vous m avez donné envie de faire connaissance avec ce jeu, avec son univers ,avec votre amour éphémere…

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