Jeux vidéo, cinéma et croisette gamocratique…
C’est un peu comme si cinéma et jeux vidéo ne pouvaient pas se blairer. Dès qu’un réalisateur nous concocte un chef d’oeuvre, un développeur s’arrange pour en faire fissa un bon navet. Mais surtout – et c’est à ça que nous allons nous intéresser – aussitôt qu’un jeu est assez réussi pour être porté à l’écran, Hollywood en écrabouille toute la subtilité. Ulcérée par la médiocrité banalisée des adaptations de jeux vidéo sur grand écran, la Gamocratie organise dès aujourd’hui son festival de Cannes vidéoludique pour identifier les coupables et sauver ce qui peut encore l’être. Quatre profils de films ou de personnalités qui ont marqué, pour le meilleur et pour le pire, l’histoire du jeu vidéo au cinéma. On attend de pied ferme vos réactions et votre propre palmarès.
L’inexcusable :
Super Mario Bros
Réalisateur : Rocky Morton
Victimes collatérales : les carrières de Dennis Hopper et Bob Hoskins
Année de sortie : 1992
Mais comment Denis Hopper, le père d’Easy Rider, l’acteur délicieusement glauque de Blue Velvet, a-t-il pu lire – déjà jusqu’à la fin – le scénar du film, s’allumer tranquillement un cigare et dire aux producteurs « Putain, j’le sens bien, ce projet. J’en suis les mecs ! ». Parce que Super Mario Bros raconte quand même l’histoire – sous champis ? – de deux plombiers subissant, dans leur noble entreprise de restauration de tuyaux, la concurrence d’une énorme société diablement capitaliste. Pendant ce temps-là, Koopa, non content de tyranniser son monde parallèle où les dinosaures, à forme humaine, ont pris le contrôle de la Terre, veut récupérer la princesse Daisy, envoyée sur notre espace temps sous forme de coquille d’oeuf pendant que son père était transformé en mycose. Ouaih… ça décoiffe, hein ? Bon et à part quelques références, casées par ci par là, qui n’exciteront que les mariopathes, cette bouse immonde ne ressemble en rien à la saga culte. Et puis, en plus, ils ont coupé la moustache à Luigi. Ca, vraiment, j’pardonne pas. Y a des choses qui ne se font pas, merde…
Le criminel de guerre :
Uwe Bowl
Casier judiciaire : massacreur multirécidiviste de franchise vidéoludique au cinéma, sans remords et même avec fierté.
Victimes collatérales : toute la communauté du jeu vidéo qui a d’ores et déjà lancé une pétition pour inciter le malfrat à stopper ses agissements. On en est à 300 000 signatures.
Un génocide culturel vidéoludique à lui tout seul. Uwe Bowl, réalisateur allemand, est coupable d’avoir massacré, dans des dimensions apocalyptiques, l’adaptation de plusieurs jeux vidéo au potentiel pourtant très cinématographique. House of the Dead, son esthétique eighties et son montage MTV, c’est lui. Alone in the Dark et son trip écolo à la sauce heavy-metal, c’est lui. Le soporifique Bloodrayne, le nihiliste Postal et le directement-sorti-en-DVD Far Cry, c’est encore lui. Une telle constance dans la médiocrité absolue, ça s’honore. Surnommé le Master of Error par la presse américaine, Uwe Bowl a reçu à l’unanimité le Razzie Award du pire réalisateur de l’année 2008 et celui de la pire carrière. Blizzard Entertainment aurait déclaré, suite à des rumeurs d’adaptation de World of Warcraft par le boucher allemand : « Nous ne vendrons pas les droits, pas à lui ! Surtout pas à lui ! ».
Si un semblant de compassion, face à cet acharnement critique, vous titille la glande sentimentale, rassurez-vous : l’intéressé s’en contrefout et reste persuadé d’être le plus grand réalisateur de tous les temps. Illustration mégalomaniaque en 2008 : « Postal est meilleur que tous les films présentés au Festival de Cannes cette année. Mais quelle que soit la bouse qu’ils aient tournée, ce sont toujours les mêmes réalisateurs qui sont invités ». T’as raison, mec, c’est forcément un complot…
L’acteur kitsch nanar presque culte :
Christophe Lambert
Sa collection de nanars : Beowulf, Fortress, Vercingetorix, Mortal Kombat pour faire court.
Circonstances atténuantes : fréquente quotidiennement Sophie Marceau.
Il y a des acteurs comme ça. Doués à leur façon. Leur seul présence parvient à annihiler instantanément toute crédibilité artistique dans une oeuvre. Des sortes de Midas inversé, transformant l’or en excrément. Mais à un tel point que leur performance et le film qu’ils ont maudit restera potentiellement à tout jamais dans les annales du cinéma en devenant le nanar à la con qu’il faut voir absolument entre potes pour se poiler. Choix cornélien donc : Christophe Lambert ou Jean-Claude Van Damme ? Mortal Kombat ou Street Fighter ? Cricri, sa moumoute blanche, son regard de crevette et son rire d’attardé mental ou JCVD, rouquin pour l’occasion, son premier degré maladif et sa répartie de légende :
- « Vous avez perdu la tête Guile ? »
-« Et vous, vous avez perdu vos couilles ! »
Comment choisir quand le talent jubilatoire est aussi équitablement partagé ? Allez, au risque de frôler le partisianisme nationaliste, le césar est attribué à Christophe “Raiden/Vercingétorix” Lambert pour l’ensemble de sa carrière. Et un peu aussi parce que j’ai toujours l’impression qu’il se fout de notre gueule, genre « je joue bien le débile, hein ? ». Cette impression que, terré sous le 28ème degré, cet acteur sait qu’il joue mal et qu’il le fait volontairement. Une sorte de putain de don inutile. Le rôle de ta vie en tout cas, mon Cricri.
Et la Palme d’or est attribuée ààààààà….
Silent Hill !!!
Réalisateur : Christopher Gans
Inquiétude préalable : le combat final, involontairement hilarant, entre Cassel et Le Bihan dans le Pacte des Loups du susnommé Gans.
Année de sortie : 2005
Le seul. L’unique. J’ai beau avoir fouiné dans toutes les vidéothèques de la planète, surfé sur tous les sites les plus obscures du net et passé quelque coups de fil à mes amis d’Hollywood, il n y a plus de doute : Silent Hill reste – pour l’instant – le seul jeu vidéo bénéficiant d’une adaptation digne de ce nom sur grand écran. Le seul où le respect, la compréhension et l’amour du jeu transpirent sur chaque plan. Là où Rocky Morton n’a même pas été foutu de reconstituer à l’écran l’univers de Mario (putain, t’as juste à planter trois tuyaux, quelques champis et des piécettes, merde…), Christopher Gans parvient à recréer à la perfection l’univers glauque, torturé et foutrement complexe de la saga de Konami.
Une mandoline qui pleure, des murs qui suintent de l’organique, des créatures mutilées aux cris d’enfant fou, un brouillard de cendres, une radio qui grésille et cette ambiance mystico-psychanalytique ambiguë : Gans s’approprie avec déférence les codes visuels, sonores et moraux de la série tout en les transcendant à l’occasion (la prodigieuse scène des infirmières, le rendu visuel du passage entre les deux mondes…). Mais surtout il parvient à restituer à l’écran les ingrédients délicieusement vénéneux propres à Silent Hill : le spectateur ressent, comme le joueur, pêle-mêle peur malsaine et nostalgie étouffante à travers tous les lieux dits de la série (école, hôpital, hôtel etc…).
Reste que l’on a parfois l’impression de traverser un tableau de références bien foutus mais sans trop savoir pourquoi, Gans nous laissant naviguer sans lampe torche dans les sous-bassements d’une intrigue un peu obscure. En tout cas jusqu’à cette fin, subtilement implicite et suffisamment explicite, sans compromis et apocalyptique, qui nous laisse triste et horrifié. Vivement SH 2.


Je me permets d’attier l’attention de l’internaute sur le talent artistique de Mfff qui s’exprime aujourd’hui à travers cette magnifique mosaïque d’images
Arrête, tu vas me faire rougir…
Hey y’en a plein d’autres ! Je crois qu’il faudrait quand même parler (en mélangeant bien et moins bien) de Resident Evil, Final Fantasy, doom, tomb raider ou de cette merde de tekken ^^
Ceci dit j’ai pas encore eu le plaisir de regarder Max Payne et Hitman donc je peux pas dire :p
Sinon en films inspirés « globalement » de jeux vidéos ya avalon qui est très bien…
En tous cas, un article a étoffer :p
Moi j’ai bien aimé Postal x)
Aaaah, cher Buk, je pouvais pas caser tous les nanars de la planète, non plus. Mais il est possible qu’une deuxième édition de la croisette débarque plutôt que prévu pour faire hommage (et surtout honte) aux autres adaptations…
Sinon, cher Wooly, ne t’inquiètes pas, on a tous aimé un jour un truc que la morale et le bon goût réprouvent. Moi par exemple, j’adore Total eclipse of the heart de Bonnie Tyler. Pfffff, ça fait un bien fou de le dire…
Silent Hill, j’ai trouvé le film d’un chiant. Mais d’un chiant…
Super Mario Bros, j’en garde un souvenir excellent, parce que puni quand j’étais gamin, et que je n’ai pu le voir que très récemment.
Postal est fun, très très fun même. Quand on joue au jeu on se dit que c’est une daube, par contre (le film, pas le jeu, hein) !
Et Mortal Kombat, mon dieu qu’il est bon !
En tant que fan de Nanar avoué, les Resident Evil sont sympas à regarder. J’attends Afterlife pour bien me gausser !
Ce que j’attends avec impatience, par contre, c’est un animé, ou même un live, de Pac Man, avec ce cher William à la bande son !
Les nanars des uns sont les chefs d’oeuvre des autres : c’est ça, la gamocratie
En choisissant des actrices une taille de bonnet au dessus, « Dead or Alive » aurait pu être l’adaptation la plus fidèle d’un jeu vidéo.
Mais le pire (ou le meilleur, saloperie de second degré, je suis perdu là !) est et restera Street Fighter pour moi, juste pour Blanka (et aussi car c’est la seule adaptation d’un jeu vidéo qui s’est vue adaptée en jeu vidéo, et ça, ça envoie du bois !)
Les Final Fantasy sont plutôt bien foutus aussi, surtout Advent Children.
Mais bon, ce sont des films d’animation, qui sont à mes yeux un des chaînons manquants entre le cinéma et les jeux vidéos.
Bonne idée ce sujet. Bien Mfffff moins 2f!
@xxxx et des poussières : Blanka ? Tu veux dire Carlos Blanka ? Oui oui ils ont osé lui donner un prénom… Aahhh, Street Figthter… C’est quand même le film où tu peux entendre des phrases comme : « Guile, tu vas goûter à mon pyscho crusher!!! ». Plein d’audace…
@Ludokhan : Effectivement,j’avais pas pensé aux FF au cinoche. D’un autre côté, je les ai pas vu. Mais si je me souviens bien, les critiques étaient largement au dessus de la moyenne pour une adaptation vidéoludique. Et entièrement d’accord avec toi, la transposition d’un jeu vidéo à l’écran serait peut être plus naturelle, plus adaptée en animés .J’envoie de ce pas un fax à Hollywood.
Oui mais les animés, faut plutôt voir avec le Japon. Et de préférence, choisissez des jeux où les héros sont des gens pas bon du tout. Marre de voir des héros propres sur eux. Vive les mangas où les héros ont un pet au casque. Le meilleur exemple étant Light Yagami de Deathnote que je vous recommande très fortement…
Le meilleur candidat est pour moi Niko Bellic. Je le tue ou je le laisse en vie?
Marrant que tu prennes Niko Bellic en exemple, car cela fait quelques temps qu’une rumeur circule sur le Net concernant une adaptation de GTA sur grand écran !
Sinon dans le genre héros légèrement siphonné, je préconise Duke Nukem en Rambo sous acide (puis avec l’abandon de Duke Nukem Forever, ça ferait une excellente alternative).
C’est vrai qu’on pourrait faire un genre de Scraface moderne avec l’adaptation de GTA IV…
Mais avec le Duke, là ça pourrait vraiment être le grand n’importe quoi effectivement !
Perso j’aimerais bien un film avec Link et la Légende de Zelda, un truc à mi-chemin entre Willow et le Seigneur des Anneaux…
Ah, quelle midinette je fais…
C’est vrai qu’entendre la musique culte de Zelda sur grand écran dolby surround, ça doit envoyer quand même… Tiens, en passant, j’ai une (petite) surprise pour les fans de Link mais aussi du Duke. Je suis en train de préparer ça. Vous en saurez plus dans deux ou trois semaines. Ouh là là, quel suspens… hum.
Pour GTA, je vois mal Rockstar se priver à terme d’une adaptation nécessairement bankable au cinoche. Par contre, j’ai un peu peur du résultat. Un sorte de GTA light à la sauce grand public, très mollement provocateur.
Il nous faudrait en fait une pincée de De palma (Scarface), une bonne dose de Scorcese (Casino, Les Affranchis) et la classe des débuts de Soderbergh (Ocean Eleven). Là je réserve mon billet.
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Dead or Alive : Paradise est-il porno ?
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